Faut-il manger des clous rouillés ?

Nous ne parlerons pas de tétanos ici, mais bien de l’apport en Fer. Pourquoi cet élément ? Parce que la carence en Fer concerne plus de la moitié de la population féminine. Pourquoi un chiffre aussi élevé alors qu’on avance plutôt 25 % ? Parce que la teneur moyenne pour se sentir bien est différente de la fourchette basse des laboratoires.

http://www.iedm.asso.fr/Profil-deficit-micronutritionnel

Le Fer, à quoi ça sert ?

60 % du Fer est utilisé dans les globules rouges. L’hème, qui fixe l’oxygène dans la molécule d’hémoglobine, est renferme un atome de Fer. Sans cet atome de Fer, pas de transport d’oxygène dans les organes, les muscles et le sang !

Le fer est également impliqué dans la fabrication des neurotransmetteurs. Sans lui, le cerveau ne peut pas fonctionner de façon optimale.

Enfin, le fer est un cofacteur important lors de la synthèse d’hormones thyroïdiennes. Lorsque l’organisme manque de fer, on peut facilement tomber dans un état d’hypothyroïdie alors que la thyroïde ne présente aucune pathologie. La résistance à l’amaigrissement peut, par exemple, résulter d’une carence en Fer.

L’assimilation du Fer

Le fer existe sous deux formes en fonction de sa provenance.

  • Le fer héminique (du mot hème contenu dans l’hémoglobine) provient des sources animales. Sous forme de Fer réduit (Fe2+), il est absorbé à hauteur de 20 % au niveau intestinal.
  • Le Fer non héminique du règne végétal est une forme de Fer oxydé (Fe3+) qui doit être transformé en Fe2+ pour pénétrer dans la cellule intestinale. Il n’est absorbé qu’à hauteur de 1 à 5 %. Ce type de fer est également sensible aux interférences telles que les tanins (thé, vin), les oxalates (épinards, thé, haricots), l’acide phosphorique (Coca Cola) et l’hyperacidité gastrique.

La différence d’absorption entre fer animal et végétal peut varier de 4 à 20 fois. Les végétariens sont plus à risques d’être carencés. Tout dépend des pertes de l’organisme en fer : les femmes aux règles abondantes et grands sportifs devront donc s’assurer d’un apport optimal.

Inflammation

Pour une absorption optimale, il faut s’assurer de la bonne santé de l’intestin. Les inflammations chroniques (maladies de Crohn, troubles fonctionnels intestinaux) et la perméabilité intestinale diminuent grandement l’absorption du Fer.

Il existe des anémies causées par l’état inflammatoire, tout simplement parce que l’organisme ne parvient plus à absorber le Fer qu’on lui apporte.

Carence, ou pas ?

Un déficit en fer peut, dans le pire des cas, mener à l’anémie ferriprive (une faible quantité de globules rouges). D’autres symptômes sont également caractéristiques de la carence tels que :

  • Rythme cardiaque rapide ou irrégulier
  • Essoufflement
  • Cernes persistants
  • Asthénie (fatigue invalidante)
  • Problèmes de concentration liés au manque de neuromédiateurs
  • Pâleur
  • Faiblesse physique
  • Perte des cheveux

Les femmes enceintes

Le volume sanguin augmentant de 40 %, cela crée, en général, une anémie par dilution (le même nombre de globules rouges pour un volume augmenté). S’il n’y a pas de signes de fatigue, cela signifie que l’organisme s’adapte bien à cette augmentation de volume nécessaire aux échanges avec votre bébé. Si vous êtes fatiguée, un dosage permettra d’envisager une supplémentation adaptée.

Que mesure-t-on ?

Lorsqu’on veut mesurer le statut nutritionnel en Fer, la solution la plus simple et la moins coûteuse est le dosage de la ferritine. Cette protéine est avant tout un témoin de la mise en réserve du Fer ; elle ne permet pas de savoir combien de fer circule dans le sang et les muscles, mais seulement de savoir ce qui est actuellement en réserve.

Le médecin peut également demander une numération sanguine pour détecter une anémie ferriprive (c’est-à-dire, par carence en Fer).

Les normes de laboratoire définissent la carence en fer en dessous de 15 µg/L (15 microgrammes de ferritine par Litre de sang).

En micronutrition, la carence est considérée en dessous de 35 µg/L. On considéra un statut optimal, en particulier chez le sportif, à 100 µg/L.

Si la ferritine est trop basse, on peut être sûr qu’il y a carence en Fer.

Si elle est normale, il n’est pas sûr que le statut en fer soit optimal car la ferritine est une protéine qui est augmentée en cas de terrain inflammatoire ce qui crée une surestimation des quantités disponibles.

La complémentation

Si les apports en Fer (viande rouge, légumineuses, …) sont suffisants mais que la carence persiste, on peut envisager une complémentation.

Toute complémentation en Fer doit se faire à des doses physiologiques. 15 à 30 mg par jour, en deux prises les plus éloignées possible (soit matin et soir). Des doses plus importantes vont saturer les récepteurs intestinaux ainsi que les cellules qui les absorbent, empêchant le Fer de passer dans le sang.

Les carences très sévères peuvent nécessiter 3 à 6 mois de traitement. Recouvrer un statut optimal en Fer prend du temps. La seule alternative reste l’intraveineuse effectuée en clinique pour les ferritines qui se situent autour de 5 µg/L.

Attention, les symptômes de carence sont parfois similaires à ceux de l’hématochromastose (excès de fer). Il est donc nécessaire de doser la ferritine avant toute complémentation !

Sous quelle forme ?

Les formes les plus assimilables de Fer sont des complexes de métal et acide aminé :

  • Le Guanylor de Fer
  • Le Gluconate de Fer
  • Bisglycinate de Fer

La spiruline contient également du Fer qui est très bien assimilé. Les algues, en général, sont une excellente source de Fer.

Tout sauf des sulfates, oxydes ou carbonates de Fer (Tardyféron) qui sont très mal assimilés (98 % sera rejeté, d’où les selles noires) et qui provoquent une inflammation de la muqueuse intestinale… qui a son tour amène une mauvaise assimilation du Fer. Apporter 98 % de déchet à un organisme fatigué, est-ce vraiment une bonne solution ?

Note : il convient de prendre le Fer à distance de tout complément en Zinc car ces deux minéraux utilisent la même porte d’entrée dans les cellules. Ils ne peuvent donc pas être assimilés en même temps.

Attention, pas d’excès !

L’excès de fer provoque un stress oxydatif, en particulier des cellules du pancréas ce qui augmente le diabète de type 2.

Et après ?

Après quelque temps de complémentation, il convient de faire une pause d’une semaine avant de redoser la ferritine.

Parfois, le patient se sent mieux alors que la ferritine n’a pas encore augmenté, c’est normal ; la ferritine est une protéine de stockage. Avant de refaire du stock, l’organisme fournit à ses muscles, son cerveau et son sang de quoi fonctionner. Une fois rempli, il pourra de nouveau faire du stock.

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